Combat intérieur

Elle est là, sournoise, insistante. Sa présence m’emplit de sa force, son emprise sur moi coule le long de ma colonne vertébrale, remonte jusqu’à ma tête, passant sur mes parties occipitales, s’infiltrant à l’intérieur de mon crâne, provoquant des pulsations sanguines oppressantes. C’est un étau vivant qui s’amuse de moi.

Elle est présente aussi sur mes épaules, dans les salières, à droite, à gauche, en haut, en bas, elle est désordonnée, s’arrêtant quelques secondes puis parcourant un plus long chemin, sans augmenter son intensité, simplement en progressant.

Je La connais. Elle se débat, je La maîtrise. Elle s’entête, je L’élimine. Le plus simple : La mépriser, L’ignorer. Quelquefois cela marche/…avec succès.

Ne pas tout gâcher, je passe un après-midi sympathique avec mes amies, pour une fois que je suis en mode shopping et que je peux me faire plaisir. Pitié !!! Elle s’insinue partout, me paralyse presque.

Non, Elle ne gagnera pas.

Je souris, je souris souvent et je me mets en colère aussi. Quand Elle devient plus oppressante, il faut que je Lui consacre toute mon énergie, et si par malheur quelqu’un m’interpelle durant ce combat, c’est fatal, je réagis violemment envers cet être extérieur, cela peut être verbal, ou physique.

Pendant ces moments làL je ne peux me contrôler. C’est Elle qui domine, qui me fait paraître ce que je ne suis pas, au fond de moi.

Et Elle gagne !

Tout ce temps où je L’ai combattu, où j’ai conquis mon auditoire, mes amis, mes amants, tout s’envole en fumée : « Comment ! Mais cette fille n’est pas tranquille, tu as vu sa réaction ? La façon dont elle t’a répondu ? Mais elle est déséquilibrée, elle n’a aucun respect envers les autres ! ».

J’en ai tellement envers les autres, la seule pour laquelle je n’en ai pas c’est pour Elle.

Elle que l’on m’a imposé, qui siège dans mon corps. Non, je ne parlerai pas d’Elle, qui pourrait comprendre ?

Seulement les personnes comme moi, qui se battent avec et contre Elle : c’est tout ! Nous sommes des exclus, des isolés, nous faisons partie d’un monde à part.

Vous aurez beau dire ce qu’il se passe en vous, on compatira un temps.

Le temps de l’écoute et puis les quelques minutes suivantes, après, voyant que vous continuez à être comme avant, souriant, avenant, tellement content qu’on est pris le temps de vous entendre, on oubliera et on ne vous pardonnera pas vos excès intempestifs : vos crises de nerf !

« Nerf » est ien le mot. Elle les agace, c’est son rôle, sa manière de s’exprimer. Elle est vicieuse, s’installe quand vous ne vous y attendez pas, et là, s’exprime de tout son art, Elle se délecte du pouvoir qu’Elle a sur vous, de l’isolement qu’Elle vous procure, qu’Elle vous impose.

La seule façon de La combattre est effectivement l’isolement, car là Elle n’a plus de raison d’être, plus de public. Vous êtes face à Elle, bien en face, prête au combat, il sera long, épuisant et vous demandera encore plus de repos.

Se battre, continuellement contre Elle, voilà mon combat. Je ne suis pas une perdante, Elle ne m’enverra pas au tapis. J’excellerai dans la représentation publique : je serais droite, fière, souriante et combative.

Chaque pas dans la rue, la tête bien droite : « port de reine », un pied devant l’autre, ne pas trop balancer son bassin, ceci n’a rien à voir avec un exercice de séduction.

J’ai appris à marcher avec un livre sur la tête. A chaque fois qu’il tombait, je savais que j’avais perdu contre Elle, alors je recommençais : et j’ai gagné !

Nul ne peut, lorsqu’il me voit marcher dans la rue, dire que je suis une révoltée, une personne à part, une combattante de tous les instants. C’est ma gloire, ma plus belle des réussites.

Les gens du métier médical sont toujours impressionnés de ma résistance, du calme et de la sérénité que j’exprime. Ils ne m’ont pas vu dans mes phases de lutte, mais peu importe, leurs remarques me font le plus grand bien et me donnent de la force pour continuer mon combat.

C’est fou comme une parole d’encouragement peut donner comme force. C’est comme lors d’un match de foot ou d’une compétition, les encouragements vous donnent des ailes, vous arrivez à vous dépasser.

Si seulement j’avais plus d’encouragement, et non pas de réactions de jalousie parce que je suis volontaire et souriante ? Mais qui peut comprendre mon calvaire quotidien, mis à part les personnes qui livrent le même combat à cette ennemie latente, qui tient le siège de notre vie.

Pourquoi a-t-Elle décidé de vivre là, tapie en nous ?

Nul ne le sait.

Certaines personnes lui ont donné un nom : Douleur.

Mais à bien y réfléchir, qui a pu lui donner un nom pareil, fouillons sa signification à travers son découpage : Dou – leur, Doux – leur, Doux – leurre.

C’est bien cela : un doux leurre. Le leurre de savoir montrer que tout va bien, que la vie nous est douce comme à chacun des mortels qui nous entourent, ne pas montrer sa différence, voilà le combat des personnes qui, comme moi, souffrent quotidiennement, à intervalles irréguliers mais en silence.

Je n’ose imaginer quel ravage Elle peut faire lorsqu’Elle prend ses droits sur une personne et élit domicile de façon crescendo.

Sachez qu’il existe en ce monde des personnes héroïques, combattantes, combatives, qui resteront à jamais inconnues, et vous en croisez régulièrement dans la rue, dans votre vie.

Et si vous pensez en rencontrer une, alors rendez-lui son sourire, cela lui fera le plus grand bien. Si vous voulez apporter à ces personnes un réconfort, rien ne vaut un sourire, car il apporte beaucoup…

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